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18.04.2008

Joie!

2050600031.jpg"Le miracle d'une parole entendue par tous, quelle joie!" Césaire

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 Eia pour le Kaïlcédrat royal !
Eia pour ceux qui n'ont jamais rien inventé
pour ceux qui n'ont jamais rien exploré
pour ceux qui n'ont jamais rien dompté
 
mais ils s'abandonnent, saisis, à l'essence de toute chose
ignorants des surfaces mais saisis par le mouvement de toute chose
insoucieux de dompter, mais jouant le jeu du monde
véritablement les fils aînés du monde
poreux à tous les souffles du monde
aire fraternelle de tous les souffles du monde
lit sans drain de toutes les eaux du monde
étincelle du feu sacré du monde
chair de la chair du monde palpitant du mouvement même du monde !

 Tiède petit matin de vertus ancestrales
Sang ! Sang ! tout notre sang ému par le cœur mâle du soleil
ceux qui savent la féminité de la lune au corps d'huile
l'exaltation réconciliée de l'antilope et de l'étoile
ceux dont la survie chemine en la germination de l'herbe !
Eia parfait cercle du monde et close concordance !

Cahier d'un retour au pays natal, extrait.

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Extrait d'un entretien avec Maryse Condé, romancière guadeloupéenne à l'occasion de ses 90 ans:

Maryse Condé. Est-ce qu'Aimé Césaire a un héritier?
Aimé Césaire.
Je ne me suis jamais posé la question. Je n'ai aucune prétention particulière. J'ai dit ce que je pensais, j'ai dit ce que je croyais. Je ne sais pas si j'ai raison ou si j'ai tort, mais je reste fidèle à cela et à l'Afrique fondamentale. On m'a beaucoup déformé, transformé, caricaturé. Je crois simplement en l'homme. Je ne suis pas du tout raciste. Je respecte l'homme européen. Je connais son histoire. Je respecte le peuple français. Je respecte tous les hommes quels qu'ils soient, mais je pense aussi qu'il faut leur faire la leçon et leur dire que l'homme nègre, ça existe et que lui aussi il faut le respecter.

Pourquoi ai-je dit «négritude»? Ce n'est pas du tout que je crois à la couleur. Ce n'est pas du tout ça. Il faut toujours resituer les choses dans le temps, dans l'Histoire, dans les circonstances. N'oubliez pas que quand la négritude est née, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la croyance générale, au lycée, dans la rue, était une sorte de racisme sous-jacent. Il y a la sauvagerie et la civilisation. De bonne foi, tout le monde était persuadé qu'il n'y avait qu'une seule civilisation, celle des Européens - tous les autres étaient des sauvages. Bien sûr, il y a des gens plus ou moins brutaux ou plus ou moins intelligents. Lisez Gobineau. Même dans Renan, j'ai été effaré, j'ai trouvé des pages absolument extraordinaires. Bien entendu, l'opinion publique déforme, vulgarise.

Même les nègres... Je me rappelle encore, un jour où j'étais près de la bibliothèque Sainte-Geneviève: un grand type vient vers moi, un homme de couleur. Il me dit: «Césaire, je t'aime bien, mais il y a une chose que je te reproche. Pourquoi parles-tu comme ça de l'Afrique? C'est une bande de sauvages. Nous n'avons plus rien à voir avec eux.» Voilà ce qu'il m'a dit. C'est terrible! Même les nègres en étaient convaincus. Ils étaient pénétrés de valeurs fausses. C'est contre cela qu'il s'agissait, et qu'il s'agit, encore, de réagir. Et puis un beau jour, Léopold Sédar Senghor a dit: «On s'en fout! Nègre? Mais oui, je suis un nègre! Et puis après!» Et voici comment est née la négritude: d'un mouvement d'humeur. Autrement dit, ce qui était proféré et lancé à la figure comme une insulte amenait la réponse: «Mais oui, je suis nègre, et puis après!»

 Maryse Condé: Ne serait-il pas plus juste de remplacer le mot «foi» par le mot «espoir»?
Aimé Césaire:
J'ai toujours un espoir parce que je crois en l'homme. C'est peut-être stupide. La voie de l'homme est d'accomplir l'humanité, de prendre conscience de soi-même. De vieux souvenirs me reviennent: à Louis-le-Grand, nous avions des professeurs assez étonnants: Louis Lavelle, une sorte d'existentialiste très chrétien, et le père Cresson, un kantien qui a écrit des livres chez Armand Colin. Moi, je ne suis pas kantien; le kantisme, c'est très occidental. Pour lui, l'œuvre de Kant se ramenait à trois questions fondamentales: «Qui suis-je?» (sur les bancs de la Sorbonne, il m'est arrivé de me le demander, et j'ai très bien compris qui j'étais); «Que dois-je faire?» (c'est cela la morale, une question que je me pose à moi-même); et «Que m'est-il permis d'espérer?» Il n'a pas dit: «Qu'est-ce que j'espère?» Et pour moi, ce dernier point, c'est tout.

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 J'habite une blessure sacrée
j'habite des ancêtres imaginaires
j'habite un vouloir obscur
j'habite un long silence
j'habite une soif irrémédiable...

                                               Moi, laminaire.
 

 

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