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28.04.2008
Césaire: "Un pas, un autre pas, encore un autre pas..."
Le roi Christophe: « Je demande trop aux hommes. Mais pas assez aux Nègres, Messieurs. S’il y a une chose qui, autant que les propos des esclavagistes, m’irrite, c’est d’entendre nos philanthropes clamer, dans le meilleur esprit sans doute, que tous les hommes sont des hommes et qu’il n’y a ni blancs ni noirs. C’est penser à son aise, et hors du monde, Messieurs. Tous les hommes ont les mêmes droits. J’y souscris. Mais, du commun lot, il en est qui ont plus de devoirs que d’autres. Là est l’inégalité. Une inégalité de sommations, comprenez-vous ?
A qui fera-t-on croire que tous les hommes, je dis tous, sans privilège, sans particulière exonération, ont connu la déportation, la traite, l’esclavage, le collectif ravalement à la bête, le total outrage, la vaste insulte, que tous, ils ont reçu plaqué sur le corps, au visage, l’omniniant crachat ? Nous seuls, Messieurs, vous m’entendez, nous seuls, les nègres. Alors, au fond de la fosse. C’est bien ainsi que je l’entends. Au plus bas de la fosse. C’est là que nous crions : de là que nous aspirons à l’air, à la lumière, au soleil. Et si nous voulons remonter, voyez comme s’imposent à nous, le pied qui s’arcboute, le muscle qui se tend, les dents qui se serrent... Et voilà pourquoi il faut en demander aux nègres plus qu’aux autres : plus de travail, plus de foi, plus d’enthousiasme, un pas, un autre pas, encore un autre pas et tenir gagné chaque pas. C’est d’une remontée jamais vue que je parle, Messieurs, et malheur à celui dont le pied flanche. »
Aimé Césaire. La Tragédie du Roi Christophe, Présence Africaine, Paris, extrait. Créée au Théâtre de l'Odéon En 1966
Photo: Aimé et Suzanne Césaire.
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L'hommage de la Comédie française à Césaire
Le monde perd avec Aimé Césaire un militant et un sage, fondateur avec Léopold Sedar Senghor de la négritude, mouvement littéraire et culturel par lequel il rassemblait les destins tragiques de toutes les identités noires, qu'elles fussent opprimées sur les terres africaines ou sur celles du Nouveau Monde. La disparition d'une des plus grandes figures intellectuelles et morales de notre pays prive également notre théâtre d'un poète et d'un auteur dramatique dont l'œuvre traduisait toutes les luttes et l'acuité du regard sur la condition humaine. «Nègre, nègre, depuis le fond du ciel immémorial » ainsi se définissait celui que la Comédie-Française devait inscrire à son répertoire en 1991 avec La Tragédie du Roi Christophe, mise en scène par le cinéaste burkinabé Idrissa Ouedraogo. Au festival d'Avignon, en 1989, une lecture impressionnante du Discours sur le colonialisme était donnée au cloître du Palais-Vieux par Antoine Vitez. Alors administrateur général de la Comédie-Française, il avait, dans un hommage à l'audace définitive qui résonne aujourd'hui de toute sa force, ainsi défini le génie universel d'Aimé Césaire: «Nous avons un Shakespeare et il est noir.»
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"Pour nombre de personnes, le roi Christophe reste, à l’instar de Spartacus, le symbole de l’homme révolté contre la condition d’esclavage qui a prévalu pendant des millénaires dans les sociétés les plus diverses. Mais, aussi inattendu que cela soit, dans sa quête pathétique d’une identité qui lui soit acceptable, le roi Christophe peut aussi être considéré comme le précurseur et le modèle d’une multitude de leaders « visionnaires » qui se sont succédés depuis les années 1950 dans les pays d’Afrique, d’Asie, d’Europe de l’Est ou d’Amérique Latine. Comme lui, ces derniers ont tour à tour joué le rôle de libérateurs adulés et de chefs écoutés, avant d’assumer le rôle de dictateurs sanguinaires."
Khalil Chraibi, économiste
22:52 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : aimé césaire, la tragédie du roi christophe






Commentaires
on peut p)as dire que cette écriture soit faiblarde , ni qu'elle manque de vérité , aujourd'hui pas moins qu'hier , nègres ou pas , d'autres coins de l'humanité
"les lettres de loin en loin" de Trouillot sont plus douces avec des accents de rage , comme s'il cherchait un terrain d'entente , une voie de sortie avec cette hallebarde en travers de la gorge et cette méconnaissnce de la violence qui sévit , un peu partout ,
mais kl'heure , malgré l'anniversaire soixante huit tard , est à dire les choses avec correction , sans froissement ni bruit d'abeille (qui butinent, très occupées ,
mais la violence règne et le borgne est roi ( c fuentes) et s'en réjouis , incrédule que l'autre lui jette la violence à l'oreille,
en guise de pendentif ,
ouf ....
Ecrit par : lam | 12.05.2008
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